Le plan de passerelles (PTE)

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Une PTE eclatée

Le plan de passerelles (PTE)

Elles sont également appelées « passerelles », « passerelles pignon » ou « consoles pignon ». Ces trois termes désignent bien le même matériel de sécurité permettant d’avoir une circulation en périphérie des façades du bâtiment.

La recommandation R464 nomme officiellement ce matériel  « Plates-formes de Travail en Encorbellement (PTE) » et les définies comme « des équipements de travail monoblocs qui permettent de constituer un plancher de travail en hauteur », notamment pour la pose d’éléments de coffrage verticaux, la circulation du personnel ou le stockage provisoire de l’outillage.

Cette recommandation mise en ligne par la Caisse nationale de l’assurance maladie des travailleurs salariés (Cnamts) est également assortie de nouvelles obligations pour la personne concevant le plan de passerelle et l’exécutant des travaux.

Les nouveautés de la recommandation R464

Les nouvelles obligations les plus importantes sont les suivantes :

  • le plan de calepinage doit être « établi par une personne compétente »
  • le plan de calepinage doit être « validé par le bureau d’études structures et par le chantier »
  • il est recommandé d’utiliser sur un chantier donné des PTE et composants provenant d’un seul et même fabricant
  • les PTE doivent être conformes à la norme NFP 93-351

Fonctionnement d’une passerelle (PTE)

La passerelle est composée de :

  • un plateau de circulation (platelage sur structure métallique),
  • un grillage inclinable contre les chutes en face arrière de la passerelle,
  • des garde-corps amovibles sur les largeurs,
  • un piètement par ferme métallique et élément d’appui en façade.

Une PTE eclatée

Une PTE en coupe

Où mettre des passerelles ?

La recommandation R464 définie les PTE comment servant :

  • « à la pose, à la stabilisation, au réglage et à l’utilisation des éléments de coffrage verticaux et dans certains cas horizontaux »
  • « à la circulation du personnel, le contournement des refends et le stockage provisoire de l’outillage, des matériels et accessoires, dans les limites des charges d’exploitation définies par le fabricant. »

En clair, la présence de passerelles est justifiée dès lors qu’elles permettent de :

  • soutenir un les banches ou autres outils de coffrage, horizontaux comme verticaux,
  • maintenir une circulation des ouvriers autour de la zone de travail,
  • permettent de limiter le risque de chute de hauteur en assurant un ceinturage du bâtiment.

La R464 confirme l’obligation de créer « ceinturage complet de l’ouvrage » en précisant que « Le ceinturage complet recherché doit être obtenu principalement par des PTE [… mais …] Le ceinturage complet peut être obtenu grâce à […] des dispositifs de protection collective. »

En clair, l’utilisation de potelets ou grillages de sécurité périphérique (protections collectives) est admis dès lors que les passerelles ne sont plus indispensables.

Aussi, nous distinguerons 3 cas généraux :

  • cas d’un bâtiment où les élévations de façade se superposent parfaitement :
    il est nécessaire d’avoir des passerelles pour donner un appui aux pieds des banches et/ou une circulation périphérique.
  • cas d’un bâtiment qui se « rétracte » (n+1 moins étendu que n) :
    il n’est pas obligatoire d’avoir des passerelles sur toute la périphérie car la circulation se fait sur la dalle haute du niveau n.
  • cas d’un bâtiment qui « gonfle » (n+1 plus étendu que n, c’est à dire en encorbellement) :
    il est nécessaire de calculer les charges à reprendre pour définir le matériel adéquate. Les PTE sont très vite inadaptées.

Illustration du positionnement des PTE en façade

La lecture de plan de calepinage

Nous l’avons vu ci-dessus, les passerelles servent de support pour ce qui se passe au dessus d’elles : circulation, réalisation de voiles…

Lorsqu’elles prennent appui sur les voiles de façade du RDC, c’est donc qu’elles servent à réaliser les voiles du R+1. Aussi, il est très important d’assimiler le principe de lecture d’un plan de passerelle :

Les passerelles servant à faire les voiles d’un niveau N+1 doivent figurer sur le plan du niveau N (et pas sur celui du niveau N+1 !)

Créer un plan de calepinage de passerelles

Vos compétences imposées

Vos compétences sont officiellement définies par la recommandation R464. La personne concevant le plan de calepinage doit être en mesure de :

  • citer les différents composants et dispositifs susceptibles d’équiper les PTE et décrire leur fonctionnement,
  • citer les différents modes constructifs du chantier,
  • exploiter les différents plans (de masse, de situation, d’architecte, de coffrage, d’installation de chantier, …),
  • choisir l’emplacement et le type de point d’ancrage de la PTE à la structure,
  • mettre en adéquation les plans, les modes constructifs retenus, les matériels et équipements de travail les plus adaptés avec leurs composants et dispositifs nécessaires,
  • gérer les interactions des PTE avec les éventuels autres équipements de travail et dispositifs de protection collective utilisés sur le chantier,
  • élaborer les cinématiques nécessaires à la mise en place et aux déplacements des PTE,
  • décrire le système de traçabilité propre à l’entreprise.

La R464 précise notamment qu’un plan de calepinage doit être :

  1. établi pour chaque niveau,
  2. établi par une personne compétente à partir des informations fournies par le chantier,
  3. soumis au BET structure du chantier pour avis et prise en compte dans l’élaboration des plans d’exécution,
  4. validé par le chantier avant application.

Étape 1 : repérer les zones à équiper

Il s’agit ici de prendre le plan du niveau N+1 et de repérer l’ensemble des zones nécessitant un appui en point bas :

  • zones d’appui des banches et autres coffrages,
  • zones de circulation des ouvriers en façade

Ce repérage est ensuite superposé au plan du niveau N. Dès lors que le plancher haut du niveau N ne permet pas d’assurer cet appui dans les zones repérées, on positionne des passerelles.

Étape 2 : positionner les passerelles

Ce matériel n’est pas simple à positionner. Votre plan dépend :

  • des dimensions des modules du modèle choisi,
  • des porte-à-faux autorisés pas le constructeur,
  • des systèmes spéciaux existant pour les angles,

De plus, il doit être :

  • irréprochable en termes de sécurité : aucun vide, aucun espace non traité en termes de sécurité n’est admis, il n’y a aucune tolérance.
  • facile et rapide à mettre en œuvre (préférez 1 module de 6.00m à 2 modules de 3.00m)
  • adapté à la structure de l’ouvrage et à la maturité des bétons (obligation de la R464) > proscrire le positionnement des supports dans les linteaux, en tête de voiles non contreventés, ou dans les éléments maçonnés

Étape 3 : la cotation du plan de calepinage

Vous coterez la position des attaches volantes. Attention à mettre le nombre exact d’attaches préconisé par le constructeur et dans les limites autorisées. Le point de base de votre cote sera judicieusement choisi afin que le chef d’équipe puisse facilement tracer la position des réservations coniques sur sa banche avant fermeture et coulage du voile.

Étape 4 : la nomenclature

La nomenclature du plan est désormais imposée par la R464 : « la nomenclature des PTE et de leurs principaux composants ainsi que les coupes de détail permettant la compréhension de la juxtaposition avec les différents autres équipements de travail et dispositifs de protection collective mis en place (outils de façade, échafaudages, recettes à matériaux, …) ».

Outre cet aspect réglementaire, la nomenclature est le premier pas vers l’optimisation économique. En numérotant chacune des passerelles sur le plan et en dressant une liste pour recenser leur utilisation niveau par niveau, vous verrez très vite le taux d’emploi de chacune des passerelles et modifierez certains modules si nécessaire.

Rentabiliser son matériel

Utiliser une passerelle de 6.00m au niveau N et ne jamais la réutiliser aux autres niveaux, alors que 2 passerelles de 3.00m sont disponibles au niveau N n’est pas rentable. Il faudra, au niveau N, supprimer cette passerelle de 6.00m et la remplacer par les deux de 3.00m qui sont disponibles…

Tel est le travail d’optimisation que vous allez devoir faire.

Votre commande doit être la plus rentable possible et chaque passerelle doit être utilisée un maximum de fois. Votre nomenclature sera LE document clé qui vous permettra de trouver les optimisations.

Les pièges à éviter

Les encorbellements

Il y a encorbellement dès lors que le niveau N+1 devient plus étendu que le niveau N. C’est le cas pour :

  • les balcons,
  • les façades qui s’élargissent,
  • les casquettes,
  • etc.

Les passerelles sont préconisées pour reprendre les charges de circulation et d’outillage et ne doivent jamais servir au stockage de matériaux.

Elles peuvent cependant, avec une extrême prudence, être employées comme support pour un coffrage de dalle par exemple.
La recommandation R464 admet cet emploi des passerelles « dans les limites de leur utilisation prévue dans la notice du fabricant » ou à défaut en faisant impérativement « valider par ce dernier les cas particuliers d’utilisation« .

Les « prémurs »

Aussi appelés bilames ou voiles pré-coffrés, ceux-ci sont de plus en plus utilisés. Leur mise en place en façade permet de se passer de passerelles puisqu’il n’y a plus de pieds de banches à supporter (la stabilisation se fait côté intérieur).

Ils peuvent être une solution pour optimiser un plan et faire des économies sur les passerelles, mais attention à ne pas être trop gourmand. Gardez en tête que les passerelles servent de circulation et vérifiez que cette circulation sera toujours possible malgré l’emploi de vos prémurs…

Façade proche de la grue

On est souvent tenté d’approcher la grue le plus proche possible du bâtiment pour réduire la longueur de sa flèche. Vérifiez bien que l’emprise des passerelles ait été prise en compte sur le plan d’installation de chantier avant de faire votre plan de passerelle. Le mieux est d’indiquer la position du mât de grue sur votre plan de passerelle.

L’accès aux passerelles

Attention aux façades borgnes (sans ouverture). Comment accéder à des passerelles si on ne passe pas par une ouverture… ? Votre circulation devra être prolongée jusqu’à l’ouverture la plus proche, quitte à changer de façade.

Gardez cette problématique en tête. Si l’accès aux passerelles n’est pas sécurisé vous courrez vers de gros risques de chute de hauteur.

Les trémies d’ascenseur

Il existe des matériels spécifiques parfois nommés « podiums ». Ils permettent de sécuriser ces trémies voire d’avoir un accès au niveau supérieur par une échelle intégrée. N’oubliez pas de les commander, ou vous serez gênés au moment de faire les voiles de la gaine.

Cas particuliers d’utilisation des PTE (à faire valider par le BET structure et/ou le fabriquant de matériel)

Ces utilisations spécifiques sont à faire valider par le BET structure et/ou le fabriquant de matériel :

  • recette à matériaux,
  • protection pour travaux de couverture,
  • coffrage de balcons,
  • support d’échafaudages ou de tours d’étaiement,
  • PTE reposant, même partiellement, sur des tours d’étaiement ou des étais.

Conclusion

Une chute de hauteur est le pire accident qui puisse arriver sur un chantier car il sera souvent mortel. Le plan de passerelles est à prendre très au sérieux, c’est lui qui va permettre d’avoir des circulations sécurisées en façade. N’oubliez pas de passerelles, ne soyez jamais « limite » en termes de sécurité.

Votre document doit être irréprochable et cohérent.

La R464 affirme clairement votre responsabilité en tant que « concepteur du plan de calepinage » et dresse même une liste exhaustive des compétences que vous devez avoir acquis. Si un accident se produit suite à une erreur sur ce plan, vous serez jugé responsable.

Clément VALENTE

Expert en construction numérique

4 Commentaires
  • arafet
    Répondre
    Posted at 23 h 23 min,5 octobre 2015

    Bonjour,

    je voudrais savoir quel est le logiciel avec lequel tu as fait la vue 3D avec les passerelles qui est en tête de cet article?

    Merci.

  • Biagini Laurent
    Répondre
    Posted at 13 h 05 min,31 janvier 2019

    Bonjour,
    Très intéressant, et très accessible.
    Par contre la demande d’inscription requiert une validation des conditions…, or pas d’accès à ces conditions.
    Donc difficile à valider.

    Cordialement

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